mardi , 13 novembre 2018

Histoire de La Bionne

La Bionne

La Bionne prend sa source en forêt d’Orléans vers le Carrefour des Cinq Routes à 4.5 km de Loury, près de la ligne de partage des eaux entre le bassin de la Loire et le bassin de la Seine. Elle se jette dans le canal latéral de la Loire et sa longueur totale est de 18 km. Elle s’appelle Bionne à partir de Boigny. En amont de Boigny, elle porte d’abord le nom de Grande Esse. Son bassin versant, avec ses 3 affluents, la Petite Esse, le Ruet et l’Ivoirie, s’étend sur 10 communes. Les trois cours d’eau sont gérés par un syndicat de rivière unique, le Syndicat Intercommunal des bassins versants de la Bionne, du Cens, de la Crénole et de leurs Affluents (SIBCCA).



Les différents tracés de la Bionne

Au fil des ans, l’homme a modifié le tracé de la Bionne. Au Moyen-Age, les Hospitaliers de Saint Lazare créent une dérivation sur 1,5 km, en rive droite, pour alimenter une chute d’eau qui aura plusieurs fonctions : disposer d’une réserve en période sèche, actionner un moulin et élever l’eau à l’aide d’un « bélier hydraulique » -qui existe toujours- pour irriguer quelques terres. L’eau est restituée à la rivière en amont du pont.


Boigny et la Bionne en 1853, selon un plan des Ponts et Chaussées. Le bief bordé d’arbres est bien visible en rive droite. Le cours naturel de la rivière est sinueux.

En 1960, devant le restaurant du Pont de Boigny, des allées d’eau communiquent avec la Bionne. Ces guinguettes sont un lieu de repos très prisé après le déjeuner du dimanche.

En 1961 le pont de Boigny, la rue de Ponchapt, les guinguettes et la Bionne dont le cours n’a pas encore été rectifiée (source : Geoportail).

Lors du remembrement de la plaine céréalière, le cours de l’Esse est redessiné et recalibré. Il perd la sinuosité qui permettait de ralentir l’écoulement des hautes eaux, au point qu’en 1964, il faut créer le Syndicat Intercommunal de la Vallée de la Bionne avec mission de réduire les inondations répétées de l’Esse.

La Grande Esse. Le tracé du cours d’eau est visiblement artificiel. Le projet actuel de renaturation de la Bionne va lui redonner sous peu une sinuosité qui aidera à ralentir le flux lors des hautes eaux.

Avec l’arrivée d’IBM dans les années 60, qui doit évacuer de grosses quantités d’eaux usées, on projette de buser la Bionne cette fois, jusqu’à Combleux. Le maire s’y oppose énergiquement. Il en résulte un compromis : le Bionne est recalibrée à Boigny, le barrage remis à neuf et -désir cher au maire- on conserve le second bras qui forme l’île.

En 2005, on soigne le paysage pour mettre en valeur l’île : on plante des végétaux ornementaux, on établit un ponton en bois à la pointe amont de l’île et on accède à « l’île surnaturelle » -telle qu’elle est désignée alors- par deux passerelles. Une plage est dessinée rue des Bas Prés.

Mais les arbustes deviennent des arbres, les saules demandent de plus en plus d’entretien. Il faudra les enlever. Les Aulnes prospèrent et finissent par masquer la rivière à la vue.


Les poteaux en acier inoxydable et les cordages suggèrent l’emplacement de la rivière, avant la création de l’île en 1968, et son coté artificiel.


Les plantes exubérantes à grandes feuilles, les Catalpa, les figuiers, les plots lumineux encastrés créent une ambiance surnaturelle dans l’île.

Vers 2005, l’aspect paysager a la priorité, mais l’eau ne coule guère.
Les barrages ont converti la rivière en une succession de plan d’eau quasi-stagnante.

Vers 2010, la Bionne a une largeur peu compatible avec son faible débit : l’eau stagne, les lentilles d’eau prospèrent, la vase s’accumule.

En 2017 on corrige cette artificialisation en redonnant à la rivière un aspect plus proche d’un état naturel. On supprime les retenues qui, en basses eaux, créaient des mares d’eau stagnante, mal oxygénée et peu propice à la vie aquatique. On dessine un profil en V pour que l’eau conserve une certaine vitesse y compris lors de l’étiage. L’eau court à nouveau et la vie se réinstalle.

L’origine naturelle des eaux de la Bionne

La Bionne a plusieurs alimentations naturelles. L’écoulement le plus rapide après les pluies est le ruissellement à la surface du sol, des champs, doublé de l’apport issu des drains agricoles : c’est une eau souvent chargée de particules terreuse. Un peu plus lent, vient l’écoulement souterrain de faible profondeur, qui rejoint la Bionne pendant les semaines qui succèdent à la pluie. Enfin, avec une forte inertie et indépendamment des pluies du moment, vient une alimentation par la nappe de Beauce à la faveur de sources et de résurgences. C’est le cas de la source de la Grande Esse et de plusieurs sources latérales à la Bionne qui débitent quand la nappe de Beauce est assez haute.

Aujourd’hui, s’ajoutent les eaux utilisées puis rejetées par les entreprises du Parc Technologique d’Orléans Charbonnière. Elles sont introduites au sein du bassin de la Bionne par le réseau urbain, notamment à partir du château d’eau de St Jean de Braye qui aliment partiellement le Parc Technologique. Il s’ajoute d’autres eaux exploitées par forages : une fraction des eaux issues du forage d’alimentation en eau potable de Boigny, les eaux de forages agricoles.

Le Ruet et son étang dans le bois de Charbonnière, les fossés et les drains superficiels en forêt, ajoutent un flux qui dépend des pluies et du réglage de la vanne de l’étang du Ruet.

L’Ivoirie n’entre guère en ligne de compte puisqu’elle se jette dans la Bionne en aval de Boigny.



Le Ruet, peu avant son confluent avec la Bionne dans le Bois de Bouland. Son tracé est sinueux, un peu encaissé dans un milieu naturel. A droite, en amont du pont de Bouland, rive gauche, une résurgence de la nappe de Beauce apporte une eau limpide (en second plan) qui se mélange lentement avec l’eau limoneuse de l’Esse (au premier plan).

Le régime de la Bionne

Le régime varie selon les saisons, et il a varié dans le temps. Entre 1905 et 1909, la rivière est complètement à sec au point que l’on gare des charrettes sous une arche du pont. En 1949 il ne reste que très peu d’eau retenue par le barrage (il se trouvait juste en aval du pont) et en aval du barrage c’est la sécheresse totale. En 1999, un rapport du syndicat de rivière indique des débits d’étiage compris entre 10 et 50 litres par seconde.

Les eaux pluviales des zones construites et les eaux du PTOC y sont également rejetées, après un traitement sommaire. Quand elles ne constituent pas un apport nouveau, c’est une accélération du transit naturel. Au final, c’est un débit plus important avec des variations plus brutales, que celui d’un état 100% naturel. Il est aussi moins fluctuant d’une année sur l’autre, puisqu’il ne dépend plus uniquement des pluies et des réserves souterraines. En période très sèche, le débit est à peu de choses près que celui des rejets d’exploitations.


La Bionne au pont, une année de basses eaux.

La Bionne peut connaître des inondations. En 1983 et en 2002, la rue des Bas Prés était sous 20 cm d’eau, ce qui a valu la mise en place de bassins de rétention pour protéger les nouvelles constructions en zones basses. Cela va se révéler insuffisant. En 2016 la crue bat un record, la fréquence est plus que centennale. Les constructions des zones basses sont inondées. Le système de veille automatique du SIBCCA (un radar placé à Loury et un radar à Boigny) lance une pré-alerte le 29 mai vers 2h, suite à la montée de niveau constatée à Loury. La pré-alerte est donnée par le radar de Boigny le 30 mai à 8h et l’alerte à 10h 48. Le pic de crue est atteint le 31 mai vers 23 heures. A cet instant, la Bionne atteint une cote de 2,50m au dessus de son niveau d’étiage. Le débit est mesuré au droit du pont (y compris les débordements latéraux) : 55 m3/s. Les rues des Bas Prés, de Ponchapt et de la Verniche, l’impasse des Chaufourniers sont inondées et les dégâts sont importants. Aux Barres, l’Ivoirie qui est busée sur une grande partie de son parcours déborde : la buse est trop petite pour absorber le ruissellement qui vient des champs. Une grande mare va stagner plusieurs jours.


La crue du 31 mai 2016 depuis le pont de Boigny. La rue de Ponchapt est sous l’eau. Il faut évacuer les habitations de l’impasse des Chaufourniers.


La pointe de l’île vue depuis le pont, ou ce l’on en devine le 31 mai 2016.

La qualité des eaux de la Bionne

Des mesures ont été faites au fil des ans et révèlent une qualité irrégulière. La qualité chimique de base reflète l’alimentation naturelle de la rivière, sur un sol argilo-calcaire. Des modifications se surimposent, liées aux rejets des eaux usées traitées (entreprises du PTOC, rejet des eaux pluviales des communes de Loury, Rebréchien, Vennecy et Boigny) et à l’agriculture.

Fort heureusement, la nappe de Beauce est peu touchée par les épandages de nitrates au sud de la ligne de partage des eaux entre la Loire et la Seine, c’est-à-dire au Nord de Loury. Sa contribution, variable selon les années, apporte une eau calcaire.

Les ouvrages

Un peu en aval du pont du Grand Bouland, un clapet (une vanne à déversement) permet de contrôler le niveau afin d’alimenter le bief artificiel dont la pente, plus faible que celle de la rivière, fait économiser 2 mètres d’altitude sur une distance de 1.5 km. Cette hauteur de chute était suffisante pour alimenter une roue à aubes, remplacée par la suite par une turbine. Elle se trouve en rive gauche du bief, sous un petit abri attenant à la ferme, rue du Moulin à Eau la bien nommée. En raison du faible débit, une pièce d’eau située dans l’actuel parc de la Commanderie donnait un volant suffisant pour produire de l’énergie quelques heures par jour. Les autres clapets au fil de l’eau ont été déconstruits en 2017.


La vanne-clapet de Bouland permet d’alimenter le bief en rive droite (derrière le rideau d’arbres).

 

LA CRUE DE MAI 2016 A BOIGNY

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